Chronique Tour de Ville publiée dans Le Journal de Sherbrooke le mercredi 28 mai 2014.
Dimanche, 1er juin, je fêterai mes 50 ans dans le monde des journaux et des médias en général. J’ai en effet publié mon premier texte le 1er juin 1964 dans un hebdo local appelé aussi Le Journal de Sherbrooke… Je profite de cet anniversaire, si vous le permettez, pour rappeler quelques souvenirs de mon parcours. Du même coup, nous survolerons un peu notre petite histoire des médias locaux…
Le Journal de Sherbrooke, première version, était édité par Jacques Maréchal, un as vendeur de publicités, qui l’avait lancé à la fin de 1963. Son rédacteur en chef était le bouillant Roland Charbonneau, un ancien de La Tribune, qui avait la plume plutôt acérée… Le journal a paru jusqu’à la fin des années soixante…
Dans le Journal de Sherbrooke, j’ai d’abord signé une chronique de sport, Variétés sportives, toutes les semaines durant près de deux ans. Tout jeune chroniqueur en herbe de 14 ans, j’étais fier de voir mon texte placé juste à côté de la chronique d’un grand du sport, Robert «Bob» Bédard qui commentait l’actualité sportive dans son Pot-pourri sportif…
Mon patron, au Journal de Sherbrooke, fut au début de 1966, nul autre que Pierre Foglia. Fraîchement débarqué au Québec, Foglia, alors dans la vingtaine, vira la ville littéralement à l’envers avec sa chronique De rogne et de grogne… On n’était pas habitué, dans un hebdo gratuit, de lire des opinions qui brassaient autant… Moi j’ai comme souvenir particulier de cette époque d’avoir suivi les matchs des Castors senior dans le vieil aréna, notamment les finales de la coupe Allan en 1965. J’étais aussi appelé par mon boss «le spécialiste du baseball»…
En 1966, le comptable Jean Gaudreau lança un nouvel hebdomadaire, appelé justement L’Hebdo de Sherbrooke, de très bon contenu, de belle facture visuelle. J’y fus nommé du pompeux titre de directeur des pages sportives, je fis la couverture des Castors dans le fraîchement construit Palais des sports, des matchs de crosse des Olympiques. La rédaction était à nouveau dirigée par Roland Charbonneau, un vrai mentor pour moi, et les pages féminines étaient rédigées par la plume très littéraire de Rolande Lacerte…
En 1968, je fus attiré par la radio: CHLT, faisant preuve d’avant-gardisme, ouvrit ses micros à une émission pour jeunes et je fus avec des amis de mon âge coanimateur de Dimensions 630, chaque samedi après-midi. Nous fîmes même un radiothon de trois heures et demie dans les studios situés au deuxième étage de l’actuel immeuble de TVA au 3330, rue King Ouest… Je fus ensuite lecteur de nouvelles, très tôt le matin. Fallait que je mette deux cadrans chez moi, l’un pour 4 h 20, l’autre pour 4 h 25, histoire d’être à l’heure à la station… J’y assistai aux débuts des jeunes Jean Arel et Marcel Gagnon…
L’année suivante, c’est Télé 7 qui nous permis de faire une émission pour les jeunes: chaque deux dimanches midis, avec Stella Demers et Gilles Forest, j’étais à la barre de Dimensions, une émission couleur s’il vous plaît (c’était nouveau à l’époque) qui traitait de toutes les préoccupations des 20 ans…
Demeurant dans les secteurs touchant la jeunesse, je devins, à la fin des années 60, rédacteur puis responsable d’un page hebdomadaire des jeunes dans La Tribune, dont les locaux étaient situés coin Dufferin et Frontenac. C’était une belle initiative du quotidien local que de publier ce genre de page où des jeunes parlaient de musique, d’amour libre, de drogue, etc… Ça m’amena aux pages sportives où mon patron fut Denis Messier… Le directeur de l’info, Alain Guilbert, qui croyait en moi (je lui en suis reconnaissant), me fit signer à 22 ans des billets et des analyses dans la page éditoriale…
Parallèlement, je complétais des études au baccalauréat et à la maîtrise en français à l’Université de Sherbrooke et je collaborai à cette époque à diverses publications, dont le beau magazine L’Estrie dirigé par Bernard Chaput, professeur du Département d’histoire de l’UdeS et futur président de Sherbrooke Cité des rivières…
Lors du 25e anniversaire de l’Université de Sherbrooke, en 1979, l’établissement universitaire m’embaucha afin d’écrire pour les médias, dont la défunte station CJRS, des textes à caractère historique. J’eus le plaisir de rencontrer dans ce contexte plusieurs pionniers de l’université, dont le sympathique ex-archevêque de Sherbrooke, Georges Cabana, premier chancelier, alors retraité dans une résidence pour prêtres dans l’Ouest de la ville…
L’appel de Montréal se fit entendre et je suis allé travailler au Journal de Montréal comme réviseur sur une période de 17 ans, à partir de 1980, à l’invitation de Pierre Francoeur, le directeur des nouvelles du journal, un ami d’adolescence à Sherbrooke que j’avais moi-même entraîné dans le métier, à la page des jeunes de La Tribune. Il devint ensuite le bras droit de Pierre Karl Péladeau à Québecor… Je fus aussi critique littéraire dans le cahier Week-end du Journal de Montréal…
C’est un rêve presque utopique de journaliste: j’ai lancé deux journaux. D’abord avec six partenaires dont mes parents, un hebdo, Le Miroir de l’Estrie, en 1991. Inspiré par Voir, je le voulais de contenu unique et il était distribué à toutes les portes du grand Sherbrooke. Mais La Nouvelle était trop forte et notre publication ne dura que cinq mois… Je me repris quatre ans plus tard avec le mensuel culturel Visages qui, lui, connut 92 numéros et fut publié presque neuf ans… Je suis fier de dire que dans toute l’histoire des périodiques indépendants à Sherbrooke, c’est celui qui a vécu le plus longtemps…
J’ai eu grand plaisir à enseigner le journalisme, comme chargé de cours à l’Université de Sherbrooke. Quand je fermais la porte du local, ma classe devenait une salle de rédaction et je demandais à mes étudiants de me pondre des textes dans les 15 minutes suivantes…
D’autres beaux souvenirs: j’ai été correspondant sportif des Cantons de l’Est, à 18 ans, pour le prestigieux hebdomadaire national La Patrie; l’année suivante, je lisais les nouvelles du sport à Télé 7 le week-end, en remplacement de Jean-Maurice Bilodeau; je fus de la passionnante aventure d’un éphémère quotidien, Le Matin, à Montréal, qui réunissait notamment les Pierre Bourgault, Fabienne Larouche et Chapleau; je fus lecteur de nouvelles à CJMS durant la crise amérindienne; j’ai écrit une chronique en français, French connexion, dans The Record…
Depuis le premier numéro du Journal de Sherbrooke, en septembre 2003, j’ai le privilège, toutes les semaines, de rédiger cette chronique Tour de ville. J’aime saluer les bons coups des gens, faire du journalisme positif… J’espère être là encore longtemps. Vous aurez deviné que ce que je vis depuis toujours est une passion…